La campagne des élections présidentielles a ramené à la une le thème du « produire en France » et, par voie de conséquence celui des relocalisations. Il est vrai que depuis quelques années, à parcourir l’actualité de la rubrique économie des entreprises, on aurait pu croire que nos emplois sont progressivement et irrémédiablement « délocalisés » vers les pays à faible coût de main d’œuvre, les décideurs étant éblouis par l’exotisme salarial. Pour le coup l’Europe et, même les Etats-Unis, seraient alors en train de devenir deux magnifiques jardins d’hiver !
B. Obama n’a-t-il pas lui aussi exhorté à « produire aux U. S. A. » !
Plus récemment la concurrence des localisations au sein de l’Europe, avec un désavantage compétitif du point de vue du coût du travail pour la France, peut laisser penser que la localisation des entreprises c’est le grand « déménagement du territoire européen ».
Tout cela est à la fois vrai et très caricaturale.
Certes il n’est pas question de nier le phénomène des délocalisations d’activités, notamment industrielles. Il s’agit simplement de bien observer à quel moment du cycle économique nous nous situons à ce jour, d’apprécier objectivement l’importance de ce mouvement et, d’examiner à quel point ces délocalisations sont intimement liées au phénomène contraire que constitue celui des relocalisations.
Les délocalisations sont naturellement associées au phénomène de globalisation ou mondialisation de l’économie.
En effet, c’est en conséquence d’une globalisation extensive, qui redistribue sur la planète les capacités de productions, que les anciens pays industriels ont subi et, subissent encore quelquefois, des délocalisations d’activités au profit de pays en développement. Krugman établit qu’elles représenteraient un maximum de 5% des emplois détruits en France. Mais sans doute faudrait-il corriger ce chiffre des emplois induits.
Simultanément associée à cette globalisation extensive, la globalisation intensive, que Jean-Pierre Raffarin appelait « financiarisation » de l’économie, fait que les biens de ce monde sont de plus en plus « titrarisés » et, donc échangés sur les marchés.
Il semble bien toutefois que l’on assiste désormais à une limite de la globalisation extensive du fait même d’une tendance à l’égalisation progressive du coût du travail dans le monde. En effet, l’avantage compétitif des pays à faible coût du travail se réduit indubitablement. Et même si les différentiels existent et subsistent, il reste que nous sommes bien entrés dans une période où ces inégalités territoriales entre Amérique, Europe, Asie, tendent à se réduire, comme le montre la courbe comparative du PIB per capita.
Et pour ce qui concerne la concurrence intra-européenne, les toutes récentes décisions gouvernementales interviennent au moment opportun.
Alors de ce fait, même si elles sont sur-médiatisées, les délocalisations traditionnelles devraient voir leur rythme sensiblement ralentir.
D’autres facteurs viennent s’ajouter pour conforter désormais cette tendance :
La qualité insuffisante des produits finis et (ou) des services, les délais de transport trop importants et incertains, la diffusion du changement technologique, les innovations organisationnelles, les difficultés de lutte contre l’espionnage industriel, le coût de la formation des salariés, les difficultés de coordination des équipes situées à distance, l’obsolescence du modèle industriel datant de la révolution industrielle, etc…
Sans nul doute convient-il de prendre en compte également la donne environnementale. Nous avons tous présente à l’esprit cette étude réalisée en Allemagne établissant que le pot de yaourt arrive sur la table du consommateur après avoir parcouru 7857 kilomètres en camion ! Et le transport représente environ 20 % des rejets de Co2.
Des combinaisons variables de ces différents facteurs sont à l’origine de ce que l’on nomme les relocalisations.
Une relocalisation se définit comme le retour dans le pays d’origine d’une activité délocalisée dans les pays à faibles coûts salariaux.
Dans un sens plus étendu une relocalisation s’entendrait comme la baisse du processus de délocalisation, ou la remise en cause de décisions de délocalisations envisagées ou la non-délocalisation.
Les relocalisations ne sont pas un phénomène nouveau. Elles furent le fait dans les années 1970 de l’électronique et des semi-conducteurs des groupes américains. Entre les années 1980 et 1990, l’automatisation et la robotisation motivèrent nombre de relocalisations de firmes allemandes. Le milieu des années 1990 voit se relocaliser le secteur informatique, télécommunications et téléphonie mobile du fait de l’optimisation du cycle des produits.
Enfin les relocalisations que l’on enregistre depuis 2000 concernent l’industrie manufacturière et les services.
La presse s’est fait l’écho du spécialiste européen du mobilier de bureau, l’entreprise Samas, qui cinq ans après avoir délocalisé en 2002 ses activités en Chine est revenue se relocaliser dans l’Oise en 2007.
On pourrait aussi citer le fabricant de lunettes Atol, parti en Chine pour fabriquer les lunettes Ushuaya et, revenu trois ans après en France afin de retrouver la qualité requise pour ses produits ; le fabricant de menuiseries plastiques TBA qui, ayant rencontré trop de problèmes de formation de main d’œuvre en Tunisie a relocalisé sa production en France en 2007 ; le fabricant de cabines de douches Aquaprod rapatriant sa production de Roumanie en France en 2005, notamment pour des motifs liés aux problèmes de transports ; ou encore nombre de centres d’appels qui n’ont pas trouvé dans leur pays de délocalisation la qualité de service si importante dans la relation clientèle. Plus récemment nous avons tous été satisfaits par le cas du fabricant de ski Rossignol rapatriant sa production partie en chine sur le site historique de Haute-Sâvoie. La liste d’exemples de relocalisations est longue.
C’est dire que les cas de relocalisations sont donc bien une réalité.
Selon l’économiste Olivier Bouba-Olga les relocalisations ne seraient pas un phénomène marginal, « Beaucoup d’entreprises s’engagent à l’étranger pour découvrir rapidement que leur choix n’était pas judicieux. »
Selon Chanteau, dans un article du « Monde », ces cas de relocalisations ne dépasseraient pas une cinquantaine par an en France et ne pèseraient que très peu.
Sans aucun doute il ne faut pas sur-médiatiser ces cas, comme cela se fait d’ailleurs pour les délocalisations.
Mais force est de constater que cette tendance se confirme depuis le milieu des années 2000 et, la question essentielle est alors de savoir comment va s’orienter le solde emploi des délocalisations-relocalisations, c’est-à-dire dans quelle mesure notre pays et ses territoires sauront-ils faire valoir leurs avantages compétitifs pour l’attraction d’activités.
Certaines délocalisations demeurent inéluctables pour l’avenir. Dans le secteur automobile par exemple, la recherche de la proximité des nouveaux marchés, conduit incontournablement à des délocalisations dans les pays émergents où la croissance de la demande est forte.
Mais dans le même temps les relocalisations, les décisions de non-délocalisations, les implantations d’activités nouvelles demeurent un potentiel de rétablissement de l’équilibre qu’il faut savoir saisir.
Au plan gouvernemental un nouveau contexte a été dressé qui confère à notre pays un positionnement concurrentiel attractif.
Les pôles de compétitivité, dont le nombre devrait être revu et des regroupements opérés pour gagner en efficacité, constituent désormais un atout important.
Les dispositions fiscales et, notamment le Crédit Impôt Recherche, la future Taxe anti-délocalisation dite TVA sociale, opèrent désormais de manière déterminante dans le choix de localisation de la R & D de grands groupes internationaux.
Et ces nouveaux atouts, comme de nombreux autres parmi lesquels la productivité de la main d’œuvre, qui constituent l’offre globale « France » sont efficacement et intelligemment promus au plan international par l’Agence Française des Investissements Internationaux (AFII).
Reste à nos territoires à faire valoir leurs offres sélectives à destination de cibles d’investisseurs et d’entreprises qu’il faut convaincre.
Cela passe par la professionnalisation des méthodes et moyens de prospection, ainsi que par la pédagogie qu’il convient de déployer auprès des décideurs de la localisation des activités.
Pour qu’opèrent les arguments précédemment développés et, qui constituent comme on l’a vu autant de freins à la délocalisation et de motivations pour certaines relocalisations, l’action pédagogique auprès des décideurs constitue une démarche indispensable. A titre illustratif évoquons une étude du cabinet Mc Kinsey, réalisée aux Etats-Unis et, qui révèle le hiatus entre la perception des entreprises et la réalité. Les chefs d’entreprises du secteur plastique de Californie qui avaient été interrogés estimaient qu’ils obtiendraient un gain de productivité de 22 % en délocalisant leur activité en Asie.
Après avoir procédé à l’étude des coûts cachés (logistique, défauts, risques, assurances, …) le gain de productivité espéré ne se situait plus qu’à 11%. Et enfin si l’appareil de production était réorganisé vers une meilleure rentabilité, en Californie, le gain en Asie se situait en réalité au mieux en dessous de 3 % !
Tous ceux qui quotidiennement travaillent sur le terrain pour attirer de nouvelles activités sur le territoire français savent que ce hiatus entre perception et réalité demeure chez grand nombre décideurs internationaux. Ils savent aussi que les deux phénomènes délocalisation-relocalisation sont intimement liés. Ils savent enfin que le besoin réel pour les entreprises est celui d’une localisation optimale de leur activité. Alors seule une démarche très en amont, directe et de confiance auprès des décideurs, permettra de non-délocaliser, de relocaliser ou de localiser des activités et des emplois dans notre pays et dans nos régions.
Pour cela il faut que chacun prenne conscience que le développement territorial endogène exclusif tel qu’il est pratiqué aujourd’hui majoritairement en France ne conduit qu’à des effets d’aubaine, c’est-à-dire à subvention la création d’emplois qui se seraient de toutes façons créés. Alors que le fait de recourir de manière professionnelle à des actions de développement exogène, conduit à la création effective de nouveaux emplois. C’est ce que font nos concurrents et, notamment européens. Il est grand temps de nous y mettre.
Michel GHETTI - www.groupe-fie.com
Comme déjà indiqué en commentaire, j'aimerais que vous évitiez de me faire tenir des propos contraires à ce que je m'évertue à répéter interview après interview... Voir ici par exemple : http://www.lefigaro.fr/societes/2011/07/11/04015-20110711ARTFIG00570-l-impact-des-relocalisations-sur-l-emploi-reste-marginal.php
auriez-vous l'obligeance, a minima, de ne pas censurer mon commentaire?
Olivier Bouba-Olga
Rédigé par : Olivier Bouba-Olga | 25/02/2012 à 11:00
"Selon l’économiste Olivier Bouba-Olga les relocalisations ne seraient pas un phénomène marginal, « Beaucoup d’entreprises s’engagent à l’étranger pour découvrir rapidement que leur choix n’était pas judicieux. »"
Olivier Bouba-olga dit exactement le contraire
" Selon une étude récemment réalisée par deux économistes de l'Université de Poitiers, Liliane Bonnal et Olivier Bouba-Olga, les relocalisations vers la France restent en effet marginales."
http://www.lefigaro.fr/societes/2011/07/11/04015-20110711ARTFIG00570-l-impact-des-relocalisations-sur-l-emploi-reste-marginal.php
Rédigé par : tebruc | 25/02/2012 à 11:09
Rappelons tout de même que l'égalisation du coût du travail dans le monde se fait de manière TRES TRES progressive...
Rédigé par : Emmanuel | 27/02/2012 à 17:01