"L’organisation
d’un débat sur l’identité nationale offre, à chacun d’entre nous, l’occasion de
reconstituer le fil parfois ténu de son histoire personnelle, celle de sa
famille, des ses ancêtres, des ses origines, de ses convictions et des ses
croyances ; de procéder à un vaste examen de sa conscience citoyenne,
historique et philosophique. À cet égard, l’initiative lancée par le
Gouvernement dans cette période de forte mutation nous semble une idée opportune.
L’individu
n’est pas une page blanche. Il ne naît pas orphelin car tout homme est au moins
le fils d’idées, de rencontres, de révoltes ou d’adhésions. Et c’est cette
somme de destins croisés qui forme une Nation. On comprend dès lors pourquoi la
nationalité est tout sauf une évidence, une donnée statistique ou un simple
fait juridique. Elle est au contraire un sentiment complexe, vivant, pluriel,
profondément dynamique, situé aux confins de l’histoire, de la géographie et de
la philosophie.
Ainsi et
par un curieux paradoxe, ce qui est censé nous définir avec le plus de
certitude ou de vérité vis-à-vis du reste du monde, relève lui-même du domaine
de l’indéfinissable. D’où la nécessité pour chacun d’entre nous, d’effectuer, à
intervalles réguliers, ce si beau et si difficile travail de conscience
individuelle et collective. La Nation est une communauté de destin en
perpétuelle interrogation et donc, en perpétuelle reconstruction. La figer, c’est
la condamner. Surtout lorsque l’on est Français.
Car être
Français, c’est d’abord une aspiration. On est Français parce qu’on le veut et parcequ’on
croit à la devise de la République : liberté, égalité, fraternité. Trois mots
qui à eux seuls, résument toute la quête de l’Humanité. Trois mots inflexibles
et exigeants dont l’héritage est un devoir. Trois mots qui nous obligent et qui
constituent la base de toute vérité collective, la condition de toute dignité
et l’origine de toute communauté. Trois mots qui font toujours de l’autre un
citoyen potentiel, un ami ou un frère.
Être
Français, c’est avoir la conscience claire, forte, profonde, d’appartenir à une
communauté de destin. C’est avoir la conscience que cette appartenance permet
non seulement de changer sa propre vie mais également de participer à l’histoire
du monde. Être Français, c’est vivre ensemble ; c’est vivre par les autres et
pour les autres. Être Français, c’est être universel ou, tout au moins, vouloir
l’être, au-delà des différences d’origines ou de religions. C’est, à l’image d’un
Claude Lévi-Strauss, chercher ce qui caractérise l’humain derrière chaque
langue, chaque pays, chaque région, chaque croyance ou chaque coutume.
C’est
rechercher ce qui unit, ce qui rassemble et non ce qui sépare. C’est apprendre
à voir l’autre par le prisme des Lumières et de la vérité. C’est aussi savoir
répondre aux appels lancés par sa conscience.
Être
Français, c’est croire que la République est une aventure collective, qui se
construit jour après jour, dans les victoires comme dans les épreuves, dans la
prospérité comme dans la difficulté, dans la concorde comme dans les
malentendus. Une aventure unique, inédite, car fondée sur une valeur –la
laïcité- qui nous a été donnée en héritage et qui n’existe nulle part ailleurs.
Une valeur qui plonge ses racines au plus profond de notre histoire et qui est
le fruit de plusieurs siècles de maturation philosophique, de déchirements et
de rassemblements, de guerre et d’aventures militaires parfois malheureuses.
En effet,
si l’on se tourne vers les autres Nations en Europe et dans le reste du monde,
on constate que parmi ce qui nous distingue, ce n’est ni la langue, ni la
couleur de peau (mais quelle couleur en ces temps du métissage bienvenu ?), ni
les origines géographiques, ni même la culture, mais cette notion si
particulière de laïcité. Une notion qui se nourrit à la fois de respect, de
tolérance et de distance critique. Une manière de vivre qui ne rejette rien si
ce n’est l’obscurantisme, la violence ou l’aveuglement car la tolérance c’est d’abord
de refuser l’intolérable et qui privilégie le libre-arbitre. Sans liberté de ne
pas croire, il n’y a pas de foi véritable et sans la laïcité, notre devise
nationale resterait en partie lettre morte. Elle en est la sève, le socle, la
condition.
Ainsi, on
ne peut pas parler en France d’identité nationale sans parler d’identité
républicaine. Depuis les Lumières, la République et la Nation forment un tout
cohérent, les deux visages d’une même réalité. L’identité républicaine est ce
supplément d’âme qui permet d’arracher l’identité nationale aux seules
considérations géographiques ou culturelles. C’est aussi celle qui nous permet
de porter un regard sans cesse renouvelé sur le monde."
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